Attention : le loup est dans la bergerie !

Les deux initiatives creuseraient de grands trous dans la caisse fédérale, appelés à être bouchés par le personnel. En outre, des entreprises proches de la Confédération pourraient être démembrées et privatisées.

Le 5 juin 2016, le peuple suisse se prononcera sur les deux initiatives « En faveur du service public »  et « Pour un financement équitable des transports ». Derrière ces deux initiatives, on trouve des personnes du groupe d’édition des périodiques « K-Tipp », « Saldo » et « Bon à savoir ». L’initiative dite « Vache à lait » a été lancée par les associations d’automobilistes, par l’Union suisse des arts et métiers ainsi que par des personnalités du PLR et du PDC.

Que veulent les initiateurs ?

Dore Heim, USS : Au premier chef,  les initiateurs affirment vouloir obtenir un bon rapport entre les prix et les prestations auprès de la Poste, de Swisscom et des CFF. Dès lors les entreprises citées ne doivent plus réaliser de bénéfices dans le service universel et ne peuvent plus procéder à des subventionnements croisés dans d’autres domaines. En outre, les salaires de l’ensemble des collaboratrices et collaborateurs doivent être adaptés à ceux de l’administration fédérale.

De leur côté, les initiateurs de l’initiative « Vache à lait » pensent que l’automobiliste va être traité comme une vache à lait, étant donné que pour le financement du trafic routier la moitié seulement des recettes fiscales des huiles minérales va être utilisée. Par le biais de l’autre moitié, on finance des tâches telles que l’agriculture, la santé, la formation et la recherche ainsi que le personnel de l’administration fédérale. La vérité est qu’il résulte chaque année du trafic individuel motorisé des coûts non couverts de 5 milliards de francs, coûts payés par la collectivité. Il ne saurait dès lors être question de prétendre que « l’automobiliste » doit trop débourser.

Pourquoi doit-on rejeter les deux initiatives ?

Dore Heim : L’interdiction du subventionnement croisé auprès du Service public touche le service universel au cœur . Nous parlons ici d’infrastructures très coûteuses qui doivent être garanties jusque dans les régions. C’est uniquement grâce à des excédents et à des bénéfices que les entreprises peuvent amortir des pertes et garantir partout un bon service universel. De prime abord et pour les initiateurs, il ne s’agit que des CFF, de la Poste et de Swisscom. Mais, finalement, toutes les entreprises du secteur public pourraient être concernées.  Nous considérons que les salaires des chefs des CFF et de la Poste ne sont également pas appropriés, tout en étant aussi en désaccord avec le démantèlement des prestations de services. Cependant, l’initiative « En faveur du service public » se trouve être le mauvais instrument pour corriger ces irrégularités : en effet, comment le Conseil fédéral doit-il  interdire à une Postfinance de réaliser des bénéfices ? Au lieu de cela, l’État se retirera de domaines qui sont lucratifs aujourd’hui. En cas d’acceptation, la menace planera d’un démembrement et d’une privatisation de ces entreprises.

L’initiative « Vache à lait » est perfide, parce qu’elle trouve ses racines dans l’égoïsme des automobilistes qui ne sont d’ailleurs lésés d’aucune manière. En effet, les impôts sur les huiles minérales n’ont jamais été adaptés au renchérissement, alors que des moteurs consommant toujours moins à l’usage ont été construits. Dès lors, circuler aujourd’hui n‘est quasiment pas plus cher qu’en 1995. Par contre et au cours de ces 20 dernières années, les prix pour les billets de train et de tram ont augmenté de 40%. Toutes les recettes fiscales des huiles minérales ne pourraient en tout cas pas être investies dans la construction des routes, la Suisse ne devant pas être bétonnée. Ces recettes s’entasseraient alors dans la caisse des routes, alors que l’on devrait à nouveau économiser massivement dans les tâches de la Confédération.

L’acceptation des deux initiatives aurait pour conséquence de creuser annuellement un trou de plus de deux milliards de francs dans la caisse fédérale. Par la suite, on peut fort bien se représenter là où le marteau des économies frapperait !

Interview: Heidi Rebsamen, secrétaire centrale de Garanto

Dore Heim est secrétaire dirigeante de l’USS et responsable de la campagne.

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